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LIBERTÉ I

 

Qu'est-ce qui m'a pris ? D'accord, ça paraissait plutôt chouette comme idée. Je pensais pas que ça irait jusque là. Il faut que je reprenne au début sinon vous serez perdus. C'était vraiment du grand n'importe quoi. Il y avait moi forcément. Et d'autres gens. Mais surtout cette fille là. Je ne savais pas trop si elle me plaisait, en tout cas je la regardais et je n'arrivais pas à être en désaccord quand elle me parlait. Un soir, ça discutait de folie, de liberté et de choses qui semblaient tellement vastes que même l'académie Française y nageait dans des explications qui noyaient le poisson ou plutôt mon esprit. Je ne suis même pas sûr d'avoir encore compris. Cette demoiselle m'avait mis dans la tête des projets tout à fait saugrenus.

 

Tu parlais d'un plan ! On se retrouvait même à quinze sur la même piste dont cette fille. Non la piste, ce n'était pas elle, ni à quinze sur elle. Vous êtes vraiment pervers ! Bref, les jours passaient et on se disait bien que la liberté, c'était à nous les français, mais qu'on en voyait pas beaucoup les couleurs. Peut-être le bleu, blanc et rouge, mais et les autres ? Certains venaient de l'école des marins de la « Mar Mar » comme ça se disait. Vous savez, ces gros engins qui flottent et qui vous transportent toute votre mélasse que vous achetez dans les magasins. Oui, oui, ne faites pas mine en regardant vos pieds, ils sont chaussés bien plus loin que le bout de votre nez ! Revenons à nos moutons. On connaissait certains cuisiniers du coin, des saltimbanques et d'autres rigolos qui couinaient plutôt bien du gosier. Il faut bien mettre de l'ambiance sur un rafiot. Car on en voulait un, et pas un petit calibre de dix mètres. Celui qui tient dans la compétition haute voltige, dix de tirant d'eau, trente de tirant d'air, trois cents de long, quarante cinq de large. Oui des mètres, pas des centimètres, on ne rigolait pas. Mais alors pour trouver ça, on pouvait ramer longtemps. Jusqu'au jour...

 

Jusqu'au jour où le Turc du groupe nous balança un sacré tuyau. Il était énorme. Assez pour se lancer dedans comme un demeuré. Et on l'avait fait. On se retrouva de l'autre bout bien assez épuisés. Tout cela valait la peine de piquer une tête dans son tuyau bizarre. Voilà qu'on se retrouvait devant une côte bien trop claire pour être bretonne. C'est alors que le copain d'à côté me prit l'épaule : « ce n'est pas le ciel mon gars, tends ta main. » Effectivement, je percutai sur de la taule bleue. La monstruosité du navire me fout encore des frissons. « C'est à nous ? » Le turc me fit oui de la tête. C'était donc ça la liberté dont nous avions rêvé ? Allez ! Tous à bord !

 

 

La première chose que l'on remarqua : aucune âme n'y vivait, et seul le vide glacial nous prenait les tripes en enjambant les coursives jusqu'à la passerelle. Trente mètres de tirant d'air, ça tirait déjà les pattes. Personne, pas même un squelette de commandant accroché à la barre. Pas un mot d'adieu. Que dalle ! On s'était offert la liberté ! Et maintenant, on aurait à pêcher toute notre vie pour que notre projet ne puisse pas tomber à l'eau. « Qui fait commandant !? »

 

Suite au prochain épisode

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