Dans l’usine, seul l’anglais est autorisé pour communiquer, vu que la langue chinoise n’est pas ce qu’il y a de plus répandu en France et surtout pas en Bretagne. Une peur réciproque domine chaque coin de ce monde et même les conversations en dehors doivent être regardées d’un œil suspicieux. Tout le monde connait la dépendance de l’Homme à la Chine, rien que de par sa population mais aussi sa domination militaire. Terrifiante, édifiante, elle peut arracher en un rien de temps l’espoir d’un changement. Même l’arme nucléaire américaine et russe ne pouvait se montrer crédible car elle n’avait osé utiliser que son pouvoir de dissuasion. Ayant peur de l’activer, on voulait juste éviter la désintégration de l’humanité. Aujourd’hui certains se demandent s’il ne valait pas mieux exploser la planète afin d’exterminer toute trace de souffrance à la surface. Les français savent que l’armée chinoise se situe dans la capitale, elle ne se voyait pourtant pas.
Avant de travailler, Louis a l’habitude d’attendre son compagnon de vie, Mathieu. Un homme robuste et qui n’a pas sa langue dans sa poche, même en anglais. Loulou, surnom donné par son ami, ne put s’empêcher de parler des derniers ragots et rumeurs du bar.
-Tu as entendu au bar ? Il parait que les citrons* enterrent une armée à Paris dans d’énormes souterrains.
-Tu m’étonnes… ironiquement. Ils ont tellement eu peur du nucléaire. Je pense que ces bridés utilisent l’ancien métro. Peut-être qu’ils creusent jusqu’à Pékin. On ne serait jamais aussi proche de la Chine ! Il faut que je te parle après les chinoiseries à la chaîne. Даваи *!
Mais qu’a-t-il encore trouvé pour vouloir lui parler ainsi, avec un petit mot russe à la fin, ça sent le mauvais coup. Tant pis, pour l’instant Louis doit tout de même penser à survivre aujourd’hui. Un travail au jaune, qu’on dirait !
La chaleur est toujours insupportable dans cette boîte de conserve, surtout dû aux souffleurs. L’espérance de vie de ceux-ci n’est pas franchement élevée et tout jeune ils sont arrachés à leur mère pour former les nouvelles vaisselles. A côté de la soufflerie, on colle les étiquettes à la chaîne sur tout et n’importe quoi. Louis le fait. Il se considère comme un privilégié pour ses conditions même si ses mouvements à répétition ne pouvaient que le faire rouiller des bras. Mais le pire de tout était fakebook. Face aux désertions les chinois utilisèrent à leur insu cette machine américaine. Victime de leur propre invention… Chaque ouvrier portait un portable de haute technologie sur lui. De six heures à vingt-deux heures, obligation est de se connecter, écrire sur le mur ce que l’on fait et y apporter à l’appui la photo prise avec l’appareil. Une banque de donnée à Shanghaï surveille tous les « travailleurs pour le peuple ». Il existe un quartier entier pour cela. La nuit, le couvre-feu était de sortie et si le portable bouge, les autorités françaises sous le joug chinois interviennent comme des milices de Vichy. Bref, pour changer, il a bien hâte de savoir de quoi Mathieu va lui parler.
*Chinois
*Allez !