Sous la brise du vent, la pluie caresse le béton de la ville. On peut dire qu’il l’aime, cette bourgade. Drôle de nom pour un coin de cent mille habitants mais c’est comme cela, Louis a déjà vu l’enfer de la mégalopole. Il ne faut pas compter sur lui pour y retourner. Ce malouin prend sa pause, assis sur un morceau de rempart du centre. L’horizon gris semblait être écrasé par les nuages et la mer s’accrochait aux rochers verts d’algues. La haute marée envahit les plages. Cela fait longtemps que Saint-Malo n’est plus un lieu touristique. Le Thalasso transformé en alambic géant de l’autre côté de la Rance, ce court fleuve tranquille plein de vase toxique qui sépare le bourg de Dinard. Le barrage qui fait office d’usine marémotrice est bien le seul héritage encore viable du XXème siècle. On ne pense plus qu’à boire entre les heures de travail et peut-être à castagner un nez ou deux. La loi du corsaire sentait la chique de bien loin.
En parlant de boulot, l’autre flâneur habite juste à côté du sien. Enfin, il y dort, car ce n’est pas à lui et l’entreprise lui fait payer en gros, en large ce qu’il gagne avec elle. Il a surement assez pour se payer de quoi manger, et si l’occasion lui vient, une petite bouteille d’alcool. Quand le temps lui permet, le bar lui ouvre les portes à l’autre bout de la rue pour un coup de cidre. La pêche est interdite depuis que les plateformes pétrolières se sont faites gelées en Arctique. Le gel a fait complètement péter la tuyauterie. Sa pauvre mer, comme il dit, n’a pas supporté, surtout pas les poissons. Comment oublier cela. Dans ses pensées lointaines, il fut réveillé par l’alarme pour bosser. Détestable est le mot, il se souvient d’un bruit similaire qu’il avait entendu dans un documentaire sur l’occupation il y a plus d’un siècle, telle l’alarme allemande, c’était ça. Louis n’avait pas à marcher longtemps dans les rues crades intra-muros. Le bâtiment était devant, tout aussi dégueulasse mais peint d’un rouge. On dit que les chinois adorent cette couleur. C’est d’ailleurs eux qui donnent le travail dans le pays.
L’homme rentra sans bruit avec ses collègues à l’appel. Ils sont tout vêtus d’un vêtement identique et d’une puanteur remarquable. Ici, on y fabrique de tout dans la filière de la vaisselle. Assiettes, couverts, verres et même des boîtes à gâteaux. Louis Leroy imprime toutes ces boîtes et les étiquettes de vente. En mandarin bien-sûr, mais il préfère dire le chinois, sinon cela lui fait plus penser à mandarine. Il y a un bon bout de temps qu’il en a vu et ça le rend plus triste qu’autre chose. Le seul fruit qu’il consomme est de la pomme en cidre. On ne sait même pas si c’est vraiment naturel, ce qu’ils font.