Version 1 Côté Victime:
Sous le brouillard matinal de Paris, la grande place était bombée de silhouettes mouvantes semblant se tourner vers le centre, un point d'intérêt. L'homme allongé montrait son excitation comme apeuré par la foule ambiante. Il était là depuis des minutes à attendre ce qui n'arrivait pas, il regardait la personne masquée, dressée comme une pique devant lui. Il le fusillait du regard de ses yeux obscures. La scène s'était remplie de bêtes enragées avec pour chef de meute l'homme masqué.
Quelques rayons transperçaient le ciel, le bruit infernal lui transperçait les tympans et la chaleur étouffait les larmes de désespoir. Il voulait en finir et ne savait rien de ce qui allait lui arriver après. Les regards fuyaient entre compassion, rage et curiosité. Mais rien d'humain de sortait pour lui à ces moments. Les bruits de diligence résonnaient tout au long des rues de Paris et cognaient la tête du pauvre homme. Quelle humiliation! Il ne manquait plus qu'on le fouette au postérieur. Déjà détruit de l'intérieur et il ne restait qu'à vendre sa peau. Un châtiment qui coûte la peau des fesses.
Un grand individu s'approcha et grimpa à l'estrade. Il avait un haut de forme, étant vêtu tout de noir. Ses doigts tournaient autour de ses moustaches, les caressant avec amour. L'air sérieux, son monocle s'enfonçait et sa canne coincée sous son aisselle regardait l"homme de sa pointe. De si bas, sa grandeur caressait l’exagération, lui même sentait l'anxiété pour les trois hommes sur les planches. Le chapeau noir s'agita de haut en bas, et l'homme masqué en fit de même.
Un crissement se fit sec, le métal caressait le bois de part en part et descendait dans un bruit de l'enfer. En dessous l'homme eut un sanglot par réflexe et de peur tremblant de toute ses forces comme pour résister à l'impossible. Le fer coupa net tout espoir où seul le rouge coulait à flot dans le seau des têtes. Pris par les cheveux, montré à la foule crachant les injures à la figure. Ses yeux sans expression tremblait encore dans le vide et ses membres pris d'un soubresaut, s'arrêtait en dessous de la guillotine parisienne.
Version 2 Côté Bourreaux:
L'ambiance chaude de cette matinée de printemps radoucissait les poils de moustaches qui frisaient au vent doux de la brise des rues de Paris. Jules se hâtait entre les gens pour son rendez-vous urgent. Les pavés étaient sous les files des diligences où les chevaux fumaient l'effort et baptisaient Paris de leur proéminence du postérieur. On se bousculait, on criait les mots du quotidien à la boulangère et au charcutier du coin. Mais il n'avait pas le temps pour ces choses, il pressait. Il se passait quelque chose sur la place du Trône-Renversé. Jules poussait la plèbe curieuse. Au trot, il allait prendre les planches. Un parisien lui demanda quand il s'arrêta juste devant le spectacle:
-C'est toi?
-Oui, rien de tel pour commencer la journée! s'esclaffa-t-il.
Trois hommes montèrent au milieu de la foule. Deux en uniforme noir et l'autre de ses habits à peine lavé, et un visage perdu et creusé par la fatigue. Les deux gardes l’étalèrent sur la planche sans un mouvement brusque. Une rangée de baïonnettes au premier rang surveillait les événements comme un chien de garde éduqué et sage. Jules prit sa canne pour grimer l'estrade en ajoutant au camarade qui l'avait abordé:
-Ce n'est pas beau à voir, ne te plaints pas après, ami!
Devant l'accusé, il prit le temps d'allumer sa cigarette puis tripota sa moustache entre ses doigts, la clope au bec. Il fit signe au bourreau de service de prendre part à ses activités. Jules se retourna vers la foule et y retomba pour courir à son travail quotidien. Il entendit le bruit sec du métal à un choc violent mais propre. L'assemblée hurlait entre soulagement, dégoût et joie. Mais il n'en avait que faire en ce moment, il avait déjà perdu assez de temps. Heureusement que le boulot n'était pas à perpétuité. La chaleur l'étouffait dans cette mer de chaire humaine. Jules rentra rassuré au bâtiment jusqu'au sous-sol de sa rédaction.
-Mes filles! J'ai trouvé le titre de notre nouveau journal! Le cri du peuple. Vous avez le contenu pour demain?
-Je vois que tu es inspiré par la rue en ce jour! Nous avons terminé le principal article sur la Commune en Paris en ce 4 Ventôse 79, commenta une journaliste.