Dans la tempête virulente de la manche, le navire pirate esquivait les remous et caressait les clapotis répétés. Les bourrasques gonflaient les voiles et elles vivaient comme des flammes blanches. On pouvait y respirer l'odeur du combat au loin. La mer crachait ses seaux d'eau sur le boit humide de la coque. Les moussaillons s'activaient dans la sueur mêlée au sel et se retroussaient les manches pour affronter la manche!La capitaine blonde accrochée au mât, se balançait au rythme des secousses. Les cheveux collés par l’eau salée et le sabre entre les dents noirs de rage et surtout de caries.
A l’horizon, une petite coque flottait vers l’autre marine. Peu nombreux, ils semblaient être des pêcheurs pauvres sans danger. Dérangés dans leur sieste, ils s’apercevaient que la tempête leur giflait la peau de marin. Rouge de froid, ils se tournèrent tout trois vers le navire pirate.
Du haut de son perchoir, l’éclaireur de service observait le petit point lointain. Prenantsa jumelle, sa mâchoire tomba net. Il parla en crescendo jusqu’au cri :
-Les Gau. Les Gau-Gau. Les Gau-gau. Les Gauchos !!!!
-Quoi ? La capitaine prenant peur.
-Mémé, mémé, mémé, Mélenchon !!!!
Pris d’une panique considérable, l’équipage courut tous à la mer sans contrepartie. L’éclaireur tombant tel un sot par un saut incroyable se retrouva la tête coincée dans un seau et plongeant irrémédiablement à l’eau, et la capitaine, les dents grinçantes, prit sa pioche et saborda son navire par les coups à répétition telle une mitrailleuse. Les restes fumants dans les colères de la mer s’enfonçaient peut-être à jamais dans les abysses obscurs.
Ainsi les occupants de la Gaule, scrutaient attentivement les cimes de la houle, des falaises normandes. Ils ne savaient pas trop quoi en penser, si cela était bon que les pirates se fussent fait anéantir ou que des mauvaises nouvelles arrivaient par cette démonstration de force par les Gau-gau musclés.
Secoués de tout bord, les pirates s'échouèrent sur une côte déjà dévastée. Ils étaient délavés de la tête au pied et même Lagerfeld serait d'un bon goût à côté. La ville côtière semblait déserte de vie et les rares maisons encore debout regardaient d'un air triste la capitaine déboussolée. Les cumulus du ciel débectaient leur crachat matinal et le poids de la chaleur assommait les cerveaux épongés par l'eau salée. Il était certain qu'ils avaient passé une mauvaise nuit sur leur bout de bois servant de radeau, à s'engueuler sur qui devait tenir la baraque.
Un individu se tenait comme une pique au milieu d’une route presque décrochée du sol. Lui avait bien les pieds sur terre. Le groupe lui demanda quel était ce lieu:
- Bah, la Nouvelle Orléans, vous sortez d'où?
-Quoi? Mais vous vous foutez de nous. J'ai pas choisi d'être au FN pour déguerpir aux Etats-Unis!!
-Mmh... Vous devriez être heureux chez nous.
-Et pourquoi ça?
-Et bien, ici, on expulse les immigrants de trop. Il y a un grand mur du Mexique. On est vachement chrétien, on fait pression sur les musulmans. Le capitalisme est à son paroxysme et le protectionnisme de même.
-Ah enfin un pays raisonnable!
-Oui enfin bon, vous voyez le résultat? Oh attention, derrière vous!!!
-Hein?!
Les pirates firent un saut vers l'arrière et virent une énorme tornade éclatante dans un rouge ensoleillé. Le bruit et la fureur souleva le groupe dans l'œil du monstre et l'avala tel un ogre enragé. Les mains se lâchaient, tellement la force écrasait toute résistance. L'évanouissement était irréversible dans l'impétueuse tempête ardente. Plongés dans un noir irrésistible, l'inconscience s'installa en plein dans les pirates.
Réveillé sur une plage de la Trinité sur Mer, la capitaine aux cheveux clairs se souleva de ses dernières forces pour entrevoir ce qui la dérangeait dans son sommeil. Elle voyait un homme au caban noir et à l'écharpe rouge. Elle leva les yeux doucement:
-...Mé... Mémé... Mémémé... Mélenchon!!!!
-Bouh! lui cria-il.
-Haaaa!!! Non!!
Sautant sur place et ne sachant pas quoi faire de tous ses membres, ses bras visaient le ciel en les balançant ridiculement alors que ses jambes labouraient le sable breton. Elle courrait vers la mer comme pour dire adieu au pays. Faisant l'immigrante forcée, elle montrait que certains français valent bien mieux d'être bottés aux fesses par rapport aux immigrés de tout bois.
-Je m'en vais de l'autre côté, au moins là-bas, il n'y a pas de gauchos!
-Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux, chasser de vos esprits ces malheureux et construisez un monde hors de ces haineux.