Sortant de son donjon, ce seigneur regardait avec dépit ses gardes et ses servants ronflants complètement saouls. Avachis sur table, il n'esquissait même pas un mot vers l'assemblée de loques qui avait eu un semblant de décence.
Le pauvre seigneur s'avançait piteusement, traversant une carnage d'alcools et de nourritures. L'escalier glissait de vin d'Anjou, les courbes de sa marche semblait enjouer les regards alors que les marches bousculaient le poids du seigneur.
Atteignant la chambre de sa dame à une heure qui serait habituellement celle du lever, le prince découvrit une salle assourdie d'un ronflement fort mais doux. L'odeur était un mélange de parfums orientaux aux sueurs de soirées. Sa belle dame était barbouillée de son maquillage que ses oreillers n'ont pas oublié d'étaler. Enlevant toute sa cuirasse et sa soie de chevalier de la vinasse, l'homme tomba comme évanoui aux côtés de son épouse. Les ronflements s'embrassaient et la puanteur caressait le parfum des banquets arrosés oubliant la chaleur de l'été, oubliant les brises froides de l'hiver...